Interview Jehan de Castet BFM - 08/10/2009 - AssureMieux
BFM - 08/10/2009
Stéphane Soumier : Vous avez lancé hier AssureMieux.com, c'est bien un comparateur de prix ?
Jehan de Castet : Voilà, c'est le comparateur nouvelle génération, qui se place du côté du consommateur.
Nouvelle génération, déjà la langue de bois ? Pourquoi un comparateur de prix de plus ? Il n'y en a pas dans l'assurance ?
Dans l'assurance, il y en a déjà un ou deux, ils ont été lancés il y a sept ou huit ans. Notre comparateur présente les offres de façon impartiale, rémunéré par les assureurs comme les autres comparateurs, et simplifie l'assurance avant tout. L'assurance, ça peut être compréhensible, il faut que ça soit vulgarisé.
Vous voulez mettre un coup de boutoir dans l'opacité des contrats d'assurance, c'est un peu ça l'idée ?
Exactement, il faut vulgariser l'assurance, il faut rendre intelligible les contrats d'assurance.
Aller chercher au cœur des contrats les petits pièges, les trucs... pour éviter d'être multi-assuré ?
Il s'agit plutôt de montrer à l'internaute comment le prix est fabriqué, pourquoi il y a des différences de prix et pourquoi ces différences ne sont pas explicables. On articule les contrats autour de cinq garanties essentielles et un prix, mais il faut que ces garanties soient comparables les unes aux autres.
Rémunérés par les assureurs, est-ce que ce n'est pas la faiblesse du modèle, du système ?
Nous rendons un service, nous alignons les intérêts du consommateur en lui permettant de pouvoir choisir en toute sécurité, en toute sérénité, son contrat d'assurance. En faisant ce travail, nous avons qualifié les internautes en prospects, que nous amenons aux assureurs.
Prospect, précisons pour tous nos auditeurs que ce terme commercial désigne un futur client...
C'est un internaute qui a cliqué sur l'offre parce que l'assureur l'intéressait.
Si un assureur vous rémunère 1 centime d'euro de plus que les autres, le trafic va aller vers cet assureur ?
C'est un véritable risque, c'est pour ça qu'en fait nous avons les mêmes contrats avec tous les assureurs, qui nous rémunéreront de la même façon.
Il y a un moment que vous travaillez autour de ça, vous avez commencé par lancer des logiciels professionnels pour l'ensemble des courtiers. Si même les courtiers ont besoin de vos services et de vos logiciels pour comparer les contrats d'assurance, c'est bien que l'on est dans un monde d'opacité assez rare. Pensez-vous qu'Internet va bouleverser le monde de l'assurance ?
Il y a effectivement plusieurs vecteurs. Le premier, c'est qu'Internet permet des gains d'efficacité et de coûts de distribution qui n'ont jamais eu lieu auparavant, c'est-à-dire qu'on arrive à avoir des contrats de 30 à 40 % moins cher en les achetant sur Internet, avec les mêmes garanties. Ce sont des groupe comme Groupama ou AXA qui vont être derrière des contrats de Direct Assurance ou d'Amaguiz.
Ils se lancent sur de nouvelles marques. Pourquoi est-ce qu'ils ne prennent pas leur marque classique ?
Ils sont un peu phagocytés par leurs canaux de distribution existants, qui les empêchent d'utiliser leur propre marque. Pour garder ces canaux de distribution, ils lancent de nouvelles marques pures Internet.
C'est-à-dire que les vendeurs [agents] de contrats AXA (ou de tout autre compagnie d'assurances) empêchent AXA de promouvoir sa marque sur Internet parce que ça leur prend du business ?
Voilà. Il y a un lobby des canaux de distribution existants qui empêchent les grandes marques d'être présentes sur Internet.
Des marques, dont on a l'impression que ce sont des pures players Internet, peuvent inspirer un peu de méfiance, est-ce que cela les empêche de décoller ?
C'est ce qui empêchait le décollage. Ce qui s'est passé cette année et qui va s'amplifier en 2010, c'est que ces grandes marques Internet amplifient leurs investissements de communication et de reconnaissance. On a le cas typique, Amaguiz, qui a dépensé des dizaines de millions d'euros en communication et qui, en moins d'un an, a créé une notoriété.
Je ne connais pas Amaguiz...
Amaguiz, la publicité avec Jean Rochefort et le caméléon. En un an, ils ont créé un indice de notoriété que des mutuelles ont mis des dizaines d'années à construire.
Il y a un gros assureur derrière Amaguiz ?
C'est Groupama.
Est-ce qu'à un moment les grandes marques devront se mettre en avant sur Internet, ou vont-elles continuer comme ça à promouvoir ces pures players ?
En effet, c'est un véritable dilemme marketing. Il va y avoir des marques qui auront moins à perdre que d'autres, qui vont se lancer sur Internet. Parce qu'effectivement sur Internet, une marque est une puissance phénoménale.
Qu'est-ce que ça va changer dans la relation avec le client ?
Le client va être beaucoup plus confiant pour acheter en ligne et, à terme, la France va rattraper son retard. On a un véritable retard sur l'assurance sur Internet en France par rapport aux autres pays européens, que sont l'Espagne, l'Allemagne ou l'Italie. On ne parle même pas de l'Angleterre, où 60 % des contrats se font sur Internet aujourd'hui.
60 % des contrats... Qui doit avoir peur de ça, de ce mouvement ?
Personne.
Ceux qui sont installés aujourd'hui, un peu comme les concessionnaires automobiles ?
Ceux qui sont installés, mais il faut s'adapter, c'est une évolution du marché. Il faut s'adapter, le train est en marche, soit on est dans le train, soit on est à côté et on le regarde passer. Il faut être dans le train, il faut servir le consommateur le mieux possible, en toute transparence, c'est la nouvelle façon d'acheter l'assurance, c'est de comparer, on renforce son bien de confiance avec son assureur en comparant son assurance.
Les agents classiques peuvent se servir d'Internet ?
Bien évidemment, parce que sur Internet, quand on regarde par exemple les chiffres des enquêtes de la Fevad, les ¾ des internautes préfèrent encore souscrire en agence.
On peut se servir de votre site justement pour comparer, pour essayer d'établir les tout premiers contacts ?
Exactement, nous mettons même un courtier de proximité en avant sur notre comparatif. Nous avons choisi le courtier le plus proche de l'internaute, nous mettons ses offres en avant, cela permet à l'internaute d'être beaucoup plus sécurisé parce qu'il va retrouver les acteurs Internet, et il va aussi retrouver son courtier en bas de chez lui.
J'imagine que vous êtes obligé à la plus grande transparence, la moindre faute révélée sur AssureMieux et vous êtes laminé ?
C'est notre business modèle. On est du côté consommateur, il faut jouer le jeu à fond et c'est ce qui fait effectivement l'opportunité aujourd'hui, en lançant un comparateur réellement du côté consommateur, on arrive à capter l'ensemble de la chaîne de valeurs et l'ensemble de la valeur ajoutée que l'on créée pour le consommateur.
On peut le faire parce qu'effectivement on a ces investissements colossaux en communication de la part de marques qui se montent sur Internet et qui renforcent la confiance de l'internaute sur les marques assurance sur le Net.
Baisse des prix générale de 30 ou 40 % ?
C'est ça.
Ça c'est de la valeur qui va s'évaporer, forcément ?
C'est plus de 1,5 milliard d'euros de pouvoir d'achat redistribué à tous les Français. Simplement en consommant différemment son assurance, on redistribue plus de 1,5 milliard d'euros de pouvoir d'achat à tous les Français.
Mais ce milliard et demi d'euros va forcément manquer à une profession ?
Il va bénéficier à d'autres.